Note de
l'auteur : Bonjour, bonsoir ! Désolée du retard mais... Euh
plus long le chapitre non ? XD. J'ai hésité à le couper en deux
parties parce que j'le trouve trop long, mais j'me suis dit que
j'allais pas vous faire attendre plus longtemps (pour les rares qui
me suivent encore XD). Bref, merci pour vos commentaires, bisous à
tous, en espérant que ce chapitre vous plaira.
Image : Ohno Satoshi à gauche
et Ninomiya Kazunari à droite. En plein tournage du (superbe) drama
Maou où Ninomiya n'apparaît qu'une minute.
_ On a pas vu
Cristobal aujourd'hui... Il est absent ? Demande Christian,
légèrement soucieux.
_ Bah... Je
l'ai vu ce matin, en arrivant, à huit heures, répond Jeremy,
perplexe.
_ Ok, donc on
doit comprendre qu'il nous évite ? Soupire Christian.
_ Peut-être
qu'il y a eu une modification dans son emploi du temps... tente
Jeremy.
_ Non, les
modifications se font en début d'année. Ça fait six mois que la
rentrée est passée.
Christian se
sent en colère, il ne sait pas vraiment pourquoi. Cela faisait six
mois qu'il entretenait une relation amicale avec Cristobal. Ils
avaient réussi à oublier les rancœurs passées et, avec
Jeremy, passaient tout leur temps ensemble. Christian peut même
affirmer à présent, que Cristobal fait parti de ses amis les plus
proches. Depuis l'anniversaire de son ami, tout avait changé entre
eux. Ils étaient passés de la haine à une petite complicité. Et
c'est une compatibilité d'emploi du temps qui a fini de transformer
leur complicité en une amitié véritable. Une métamorphose vraiment
rapide et étonnante. À cause de ça, Christian juge le lien qui les
unit de « trop faible ». Il dit qu'il pourrait se briser
d'un moment à l'autre. Mais n'est-ce pas lui qui rend ce lien aussi
faible ? N'est-ce pas lui qui commence à éprouver plus que de
l'amitié pour son ancien ennemi ? N'est-ce pas lui qui, avec ses
sentiments, pourrait briser ce lien pour en installer un autre,
plus fort ou au contraire, plus faible voire même, définitivement
le briser ?
Mine de rien,
la journée file à une vitesse impressionnante et Christian sent son
moral baisser à chaque moment de la journée où il est censé voir
Cristobal mais où ce dernier ne se montre pas. A-t-il peur que leur
amitié ne se brise ? De ne plus le revoir ? Lui-même ne sait pas.
Jeremy vient l'interrompre dans ses réflexions en se précipitant à
sa table, pendant la pause d'un cours de deux heures.
_ Chris, Chris
! J'ai eu des nouvelles de Cristobal ! On m'a dit qu'il ne se
sentait pas bien et qu'il est parti quelques heures après le début
des cours.
_ Ah bah...
Cool ! Répond Christian, sentant son moral remonter à l'idée que
Cristobal ne l'ai pas évité délibérément.
_ On va dire ça
comme ça. Y a une étrange rumeur qui circule chez ses amis.
_ C'est pas
nous ses amis ? Réplique Christian, piqué au vif, un peu
jaloux.
_ Il n'a pas
que nous comme amis et heureusement pour lui. Bref, tout ça pour
dire que ses amis disent qu'il a des problèmes familiaux.
_ Des problèmes
familiaux ? S'étonne Christian. Il nous en aurait parlé, non ? Ou
alors, ma mère me l'aurait dit, ajoute-t-il.
_ Si c'est
vraiment ce que j'ai entendu, je comprends qu'il nous en ait pas
parlé... À ce qui paraît, son père les aurait quittés, lui et sa
mère... Et ce serait de la faute à Cristobal.
Christian
fronce les sourcils. Il ne connait pas le père de Cristobal autant
que Cristina, puisque que ce dernier part tôt et rentre tard chez
lui, à cause de son travail à hautes responsabilités, mais il ne
pense pas ce dernier capable de déserter le domicile conjugal. Et
encore moins par la faute à Cristobal ! Les rumeurs disent vraiment
n'importe quoi. Néanmoins, Christian conserve un petit doute. Une
sorte d'appréhension. Parce que Cristobal n'est pas du genre à
rentrer chez lui juste parce qu'il ne se sent pas bien. C'est
lui-même qui leur avait dit, à Christian et à Jeremy, quelques
jours plus tôt, qu'il viendrait à l'école même avec la grippe
[Ndla : Si, les
masochistes du genre, ça existe. J'en fais partie]. Du coup,
le soulagement que Christian avait ressenti un peu plus tôt
disparaît totalement.
Lorsqu'il
rentre chez lui, le soir-même, il hésite fortement à aller voir son
ami et voisin. Si Cristobal est malade, d'accord mais si c'est
autre chose ? Christian n'est pas doué pour réconforter les gens.
Généralement, il les évite jusqu'à ce qu'ils aillent un peu mieux.
Mais peut-être... Peut-être ferait-il des efforts pour Cristobal.
Des efforts pour lui remonter le moral, si besoin est. Alors que
son cerveau se lance dans un débat crucial, sa mère s'installe à
côté de lui, sur son lit, le faisait ainsi sortir de ses pensées.
Elle a l'air un peu perdue. Triste aussi. Christian ne l'a jamais
vue comme ça, il s'inquiète. Ses rapports avec sa mère se sont
nettement arrangés depuis qu'il est ami avec Cristobal. Alors qu'il
s'apprête à lui demander ce qui ne va pas, elle l'interrompt :
_ Christian...
Le mari de Cristina est parti. Du jour au lendemain, il a quitté
l'appartement, avec toutes ses affaires. Cristobal fait tout pour
éviter sa mère. Il croit que c'est de sa faute, parce qu'il est le
dernier à avoir parlé à son père. Il ne sort plus de sa chambre.
Je... C'est la première fois que je ne sais pas quoi faire pour
elle. Enfin, pour eux. Je n'ose pas aller les voir toute seule. J'y
suis allée tout à l'heure et je suis repartie avec un prétexte
débile...
Christian reste
bouche-bée. Alors la rumeur est vraie. Le père de Cristobal n'est
plus, d'une certaine façon. Il se demande pourquoi un père de
famille ferait ça. Il se doute que si Cristina et Cristobal n'ont
pas la réponse, il ne l'aura pas non plus. De même s'ils l'ont. Ce
ne sont pas ses affaires, après tout, bien qu'il ne pense le
contraire. Il se sent étrangement concerné dès qu'il s'agit de
Cristobal... Mais la question n'est pas là, il ne doit absolument
pas penser à ce genre de chose alors que son ami ne va pas bien.
Lui qui redoutait de devoir réconforter Cristobal, il est servi !
Ce n'est pas une petite peine en plus... Si Cristobal est persuadé
que son père est parti par sa faute, c'est carrément un poignard
qu'il a dans le cœur là ! Ce n'est pas un coup de blues qu'on
peut faire passer en disant « T'inquiète, ça ira mieux
demain » parce qu'au contraire, demain, la réalité se fera
plus brutale, plus percutante. La voix de sa mère le ressort à
nouveau de ses pensées.
_ Ce qui
importe Cristina, pour l'instant, c'est que son fils sorte de sa
chambre et qu'il arrête de se dire que c'est de sa faute. Et je
pense qu'il n'y a que toi qui puisse faire ça. S'il te plaît, viens
avec moi et... Fais ce que tu peux pour Cristobal. Moi, je ferai ce
que je peux pour Cristina.
Christian n'a
même pas réfléchit à la réponse. La peine que Cristobal ressent,
même s'il ne peut en aucun cas l'imaginer, il peut la ressentir. Et
il veut tout faire pour que son ami aille mieux. Il veut tout faire
pour monter encore plus dans l'estime de Cristobal. Il veut tout
faire pour que Cristobal l'aime...
Finalement, il
arrive chez Cristobal. Christian n'a jamais vu Cristina dans cet
état, elle a les yeux rougis, le teint blafard et semble prête à
s'écrouler d'un moment à l'autre. Christian n'ose même pas imaginer
l'état de son ami. Sa mère lui intime silencieusement de rejoindre
Cristobal alors qu'elle-même prend Cristina dans ses bras pour la
consoler. Alors qu'il marche en direction de la chambre de son ami,
il sent son cœur battre plus vite. Si les mots ne sont pas
suffisants, ou s'il ne les trouve tout simplement pas, devra-t-il
serrer Cristobal dans ses bras ? Christian chasse cette idée de son
esprit et toque à la porte de la chambre de Cristobal. Une voix
cassée lui crie juste de partir.
_ Cris', c'est
Chris' ! S'écrit Christian en souriant bêtement à l'évocation de
cette blague stupide que Jeremy avait sorti, quelques mois
auparavant.
_ Qu'est-ce que
tu veux ? Rétorque Cristobal, toujours dans sa chambre.
_ Je t'apporte
à manger ! Ment Christian. Tu dois mourir de faim non ? Et ne mens
pas, je sais que tu es un ventre sur pattes, ajoute-t-il.
Le silence lui
répond.
_ Bon ok, je ne
t'apporte rien à manger. Je suis venu te dire de sortir de ta
chambre, d'aller respirer un peu d'air frais et d'arrêter de jouer
aux dépressifs, avoue Christian.
_ Ta gueule !
Tu sais pas ce que je vis ! S'exclame Cristobal, sa voix se brisant
encore plus.
_ J'ai envie de
dire : Quand on s'la joue trop mélodramatique ! Allez ouvre-moi la
porte ou j'la défonce.
_ Premièrement
: Je n'ai ni envie de te voir, ni envie de te parler. Deuxièmement
: Tu n'as pas assez de force. Et troisièmement : Donne-moi une
bonne raison de le faire.
_ Si tu n'as
pas envie de me voir ou de me parler, ne le fais pas. Parfois,
juste une présence suffit. Alors je vais rester devant ta porte,
jusqu'à ce que mon humble présence te fasse te sentir mieux et que
tu te décides à m'ouvrir !
Christian reste
au total, vingt minutes devant la porte de Cristobal. Son attente
est récompensée lorsque Cristobal lui ouvre la porte, timidement.
L'obscurité de la pièce l'empêche de voir dans quel état est son
ami. Dans un sens, il préfère peut-être ne pas le savoir. Les yeux
de Christian mettent un peu de temps à s'habituer à l'obscurité
mais il finit par trouver le lit de son ami et s'assoit dessus. Une
seule question franchi ses lèvres, alors que Cristobal, n'a pas
bougé, il se tient toujours à côté de la porte :
_ Pourquoi
?
Cristobal
pousse un grand soupir. Pas un soupir agacé. Un soupir de
lassitude, pour s'être lui-même trop posé la question. Pourquoi se
sent-il coupable ? Il avait fait tout ce qu'il avait pu. Mais même
en se disant ça, il ne peut s'empêcher de culpabiliser. De se dire
que s'il avait vraiment fait tout ce qu'il avait pu pour empêcher
son père de partir, ce dernier serait encore là.
Devant le
silence qui lui fait office de réponse, Christian soupire. Il sait
que ça ne sera pas facile de faire parler son ami... En plus, il ne
sait pas comment s'y prendre pour que Cristobal vide son sac. Alors
qu'il se torture les méninges pour faire parler Cristobal, ce
dernier met fin à son calvaire en racontant toute l'histoire
lui-même :
_ Hier soir,
mon père est rentré plus tôt de son travail. Je trouvais ça assez
bizarre, parce qu'il a toujours fait passer son travail avant nous.
Il n'a pas donné d'explications. Ma mère est allée faire les
courses, pour le dîner. Pendant son absence, j'étais dans ma
chambre et lui dans la sienne. Puis j'ai entendu des bruits.
Quelque chose qu'on traîne au sol. Je suis sorti pour voir ce qu'il
trafiquait et je l'ai vu, valise à roulettes dans la main. Je l'ai
regardé étrangement. Il s'est rendu dans le salon et je l'ai suivi.
Là-bas, il y avait déjà deux autres grosses valises. Il m'a regardé
droit dans les yeux et il m'a dit « Désolé Cristobal. À partir
d'aujourd'hui, je ne fais plus partie de ta vie. Oublie juste que
tu as eu un père ». Comment tu veux que je réagisse à ça ?
J'ai rit. Je lui ai dit qu'un voyage d'affaires, ça n'était pas la
mort. C'est stupide non ? Il avait pourtant été assez clair. Mais
je refusais juste de voir la vérité en face. Il a poussé un soupir.
En plus de la valise à roulettes qu'il traînait, il a pris une des
deux valises du salon. Il est allé vers la porte d'entrée et il m'a
dit qu'il avait fait une erreur. Que sa vie n'était pas celle qu'il
voulait qu'elle soit. Qu'il était désolé pour ma mère et moi mais
que, pour son bien, pour être heureux, il devait tout recommencer à
zéro. Oublier qu'il avait une femme et un enfant et reconstruire sa
vie, ailleurs. Réaliser les rêves qu'il ne pouvait réaliser ici, à
cause de nous. Que je ne devais pas être triste. Il a franchi la
porte et je l'ai entendu descendre les escaliers. J'étais bloqué.
Complètement. Il n'était plus question de blague là. J'ai mis du
temps à le comprendre mais mon cerveau avait enfin enregistré
l'information. La première question qui m'est venue à l'esprit,
c'est « De quel droit fait-il ça ? ». Est-ce qu'il a
vraiment le droit de plaquer sa vie, de rendre des gens malheureux
juste parce qu'il s'est rendu compte, un peu trop tard, qu'il
s'était trompé ? Non. Pas pour moi, en tous cas. Alors j'ai ouvert
la valise qu'il avait laissé en plein milieu du salon et j'ai jeté
les affaires un peu partout. Je l'ai vidée complètement. Je voulais
le retarder, jusqu'à ce que ma mère arrive. Quand il est revenu et
qu'il a vu ses affaires éparpillées, il n'a pas réagit. Il n'a pas
cherché à les récupérer. Il a juste fait demi-tour et s'est de
nouveau engagé dans les escaliers. Je suis allé à sa suite et j'ai
hurlé qu'il n'avait pas le droit. Qu'il était lâche de fuir ses
responsabilités. Lâche de s'enfuir. Il ne s'est même pas retourné.
Il m'a juste dit qu'au contraire, lui, il avait eu le courage de
tout recommencer. De ne pas subir sa vie. À ce moment-là, j'ai
pleuré. En plein milieu du couloir, je me suis mis à chialer. C'est
comme ça que ma mère m'a trouvé.
Après ce long
récit difficile, Cristobal, qui s'était mis à pleurer, s'assoit lui
aussi sur le lit. Christian reste silencieux. Que doit-il dire ? Il
n'y a rien à dire. Sans réfléchir, il prend son ami dans ses bras.
Lorsqu'il sent que Cristobal répond à son étreinte, il se contente
de lui murmurer doucement à l'oreille que ce n'est pas de sa faute.
Qu'il a fait tout ce qu'il a pu. Que personne n'aurait pu empêcher
son père de partir.
Au bout d'une
heure très courte, Cristobal se sépare enfin de Christian. Il le
remercie. Christian est au moins aussi gêné que lui. Mais pendant
une heure, il a eu le temps de réfléchir. Il a trouvé une solution
pour que Cristobal aille mieux. Bon, ce n'est peut-être pas la
bonne mais ça peut peut-être lui faire oublier ses tourments cinq
minutes non ?
_ Cris', tu te
rappelles que tu me dois une faveur ? Demande Christian.
Cristobal hoche
la tête, perplexe.
_ J'ai un truc
pour que tu ailles mieux : Sors avec moi. Ça te changera les
idées.
Et c'est en
voyant Cristobal froncer les sourcils, dubitatif, que Christian se
dit, qu'en effet, ce n'est peut-être pas la bonne solution. Du
moins, pour Cristobal.
(Pour ceux qui connaissent, la situation de
Cristobal a été inspirée par "Je l'aimais" d'Anna
Gavalda.)