POV Nozaki.
Comme on avait deux heures de maths, je
m'inquiétais de plus en plus pour Hiroyuki. Le prof
était non seulement taré, mais semblait en plus avoir
une dent contre mon nouvel ami. J'avais déjà rendu ma
copie depuis un moment, et j'avais écrit sur un petit papier
un « Ça va ? » que je voulais un
minimum réconfortant pour Hiroyuki. J'attendais
néanmoins qu'il ait rendu sa copie, je voudrais pas non plus
commencer à lui faire foirer son année s'il se
faisait pincer en lisant mon mot. Ni la mienne d'ailleurs, je crois
que mes parents me tueraient. Je le vois se lever, traverser
lentement la pièce puis, sans un regard pour le prof,
déposer sa feuille sur le bureau. Quand il retourne à
sa table, j'essaie de lui envoyer discrètement le morceau de
papier. Manque de bol, ça lui atterri sur le visage. Il
tourne la tête vers moi et me lance un regard méchant.
Avec un geste de la main un peu flou, j'essaye de lui dire que je
suis désolé, mais apparemment il comprend pas, je
crois qu'il pense que je veux lui mettre une baffe. Je souris et le
plus silencieusement possible je lui dis pardon. Il comprend et lit
mon mot. Il soupire et se met à griffonner une
réponse. Il me la renvoie, prenant bien soin de me la
renvoyer sur la tête.
« Comment ces cruches ont su mon nom ? Je ne
leur avais pas dit. »
J'apprécie comment il répond à ma
question ... Enfin bref. Je réponds vite fait et lui
renvoie.
« Tu sais, vu comment tu as crié quand
tu m'as dit ton prénom, je pense que si elles
écoutaient derrière la porte, elles ont tout
entendu. »
Je le vois plisser les yeux en lisant ma réponse.
Je me demande bien ce qu'il va me répondre ... C'est trop
prévisible. Réponse reçue, alors
...
« Tout ça c'est de ta faute. T'avais
qu'à pas ... »
Je suis interrompu dans ma lecture par une toux venant de
derrière. Je me retourne et je vois le prof me regarder avec
un sourire en coin. Et meeeerde ...
_ Monsieur Sanada, monsieur Shinomiya, vous en êtes
déjà au stade de vous échanger des petits mots
doux ? C'est génial pour vous, mais vous allez pouvoir
parler librement ! Et oui, DANS LE COULOIR ! Vous êtes
virés du cours, jusqu'à ce que je décide que
vous ne l'êtes plus.
Hiroyuki se leva sans dire un mot. Je sortis de la salle
de classe à sa suite et fermais la porte. Je vis mon ami
s'asseoir devant la porte, le regard dans le vide. Je m'asseyais
juste à côté de lui et l'observais. Mes parents
allaient me disputer, ça c'était sûr. Mais les
siens ?
_ Euh j'suis désolé. J'aurais dû
être plus discret.
_ ...
_ Si mes parents l'apprennent, j'suis foutu ! Plus de
sorties ni rien ... Et les tiens, ils diront quoi ?
Je vis son visage s'assombrir. Me doutant qu'il ne
répondrait pas, je décidais d'engager la conversation
sur un sujet où peut-être, il consentirait à
parler.
_ Bizarre ce prof de maths, tu trouves pas ?
_ ...
Ok, mauvais sujet. Je commençais vraiment à
me demander s'il allait bien. Finalement, je me décidais
à le laisser faire la gueule, puisqu'apparemment, il
semblait m'en vouloir.
Au bout d'un court laps de temps qui me parut une
éternité, il me tapota l'épaule.
Intrigué par ce contact physique qui ne lui ressemblait pas
du tout, je tournais la tête pour l'observer.
_ Désolé j'écoutais pas ce que tu me
disais.
_ Qu'est-ce qui se passe ? Tu bug ? Dis-je en
souriant.
_ Non.
_ J'aime BEAUCOUP tes réponses constructives,
longues, bien formulées, expliquant tout ...
Il se leva brusquement et alla s'adosser au mur
opposé, plutôt loin de moi.
_ Tu m'emmerdes. Fous-moi la paix.
J'y crois pas ! Ce mec est le plus lunatique que je
connaisse ! Je soupire. Je veux savoir ce qu'il a et c'est pas
parce que Monsieur Sanada est de mauvais poil que ça va m'en
empêcher. Je me relève et je me dirige vers lui. Il
m'observe du coin de l'œil, méfiant. Je m'approche de
plus en plus et ne peux m'empêcher de sourire, sachant
déjà ce que je vais lui faire subir.
_ Qu'est-ce que tu fais ? Recule, j'ai pas envie de te
parler.
_ Ben, je vais te forcer, je vois pas d'autre
solution.
HAHA ! T'as pas de réponse à ça hein
... Il a l'air un peu perdu. J'espère qu'il s'imagine pas
des trucs là, hein ! Bon, ça m'est égal, qu'il
pense ce qu'il veut, tant que j'ai les réponses à mes
questions moi ... Ça me va. Il recule. J'espère ne
pas trop avoir une tête de
dégénéré. Ah ! Bloqué ! Ce
crétin a tellement reculé qu'il a pas remarqué
qui avait le mur derrière lui. Manque de bol, les portes qui
donnent accès sur les escaliers sont fermées ... T'es
cuit ! MWAHAHA ! J'adore ce genre d'expression. Bref. Je suis
à moins d'un mètre de lui.
_ Tu ne veux toujours pas me dire ?
_ Mais te dire quoi hein ?
_ Ce que tes parents diront, ce que tu penses du prof de
maths, pourquoi tu es aussi bizarre et SURTOUT pourquoi
t'étais gêné quand j'ai rapproché mon
visage du tien. C'est vrai quoi, on est entre mecs, je vais rien te
faire !
Enfin, si tu réponds à ça, je ne te
ferais rien. Mauvais pour lui, il tourne la tête et
décide de m'ignorer. Parfait. Rapidement, je sépare
la petite distance qui nous séparait et me colle à
lui. Surpris, il tente de me repousser, mais j'attrape ses mains et
je les plaque violemment contre le mur. Je rapproche mon visage le
plus près possible du sien, sans pour autant le toucher, et
je le fixe.
_ Casse-toi. Va-t-en. Dégage !
_ Pas tant que je n'aurais pas mes
réponses.
_ Putain, t'es pas obligé de faire ça
!
_ Tu plaisantes ? C'est le seul truc qui marche avec toi
!
_ On pourrait nous voir ! Lâche-moi !
_ Hors de question. En plus, je te signale que plus tu
discutes, plus on a de chances de nous surprendre. Et puis, je suis
bien moi là.
Histoire de l'embêter encore plus, je me frotte
doucement contre lui. J'y crois pas ! Il rougit ! C'est trop
excellent ! Il prend une grande inspiration et m'annonce d'un voix
morne :
_ Ma mère est morte lorsque j'avais cinq ans. Je
vis chez ma belle-mère, avec mon père. Mais elle,
elle me déteste et mon père s'en fout royalement, il
attend juste que j'ai dix-huit ans pour que ça fasse pas
trop mauvais père de me dire de m'en aller. Le prof de
maths, je l'aime pas, je sens que c'est réciproque, tu dois
le voir toi aussi je pense. Je suis bizarre parce que je ne sais
pas quelle va être la réaction de ma belle-mère
si elle apprend que j'ai été viré du premier
cours de la rentrée. Elle n'attend qu'une seule chose, un
prétexte pour me chasser de chez elle. Et si je suis
gêné, c'est parce que tout me laisse penser que tu es
gay.
Je suis complètement blasé. Hiroyuki me
lance un regard dur. Mais je n'ai pas la force de le soutenir. Je
tourne la tête et je commence à culpabiliser.
Culpabiliser comme j'ai jamais culpabilisé. Ça n'a
pas dû être facile de tout me dire ... Mais attends un
peu ... Il a dit quoi à la fin ?
_ Mais ... Je ne suis pas ...
Soudain, j'entends des gens parler. Je lâche
Hiroyuki, me décolle de lui et me retourne. Oh non bordel.
Non. Tout, mais pas ça. Toute notre classe était
sortie et nous observait, étonnés,
révoltés, dégoûtés ou tout
simplement en train de se marrer. A côté, le prof nous
observe. Ces yeux semblent lancer des éclairs. Je crois
qu'on va passer un sale quart d'heure. Le prof nous fait signe
d'approcher. Je sens mon estomac se contracter. Hiroyuki et moi on
s'avance vers la salle de classe. Le groupe d'élèves
s'écarte sur notre passage, comme s'ils avaient peur
d'être contaminés par je ne sais quoi. Une fois dans
la salle, le prof ferme la porte derrière lui, s'installe
à son bureau et nous observe.
_ On peut dire que vous faîtes fort jeunes gens.
Vous aimez attirer l'attention sur vous à ce que je vois.
Mais avec moi, vous allez vite comprendre que ça ne sera pas
possible. Je vais convoquer vos parents. Vous êtes
allés beaucoup trop loin.
Je déglutis et j'observe Hiroyuki. Ça
m'aurait étonné, il n'affiche aucune expression. Faut
que je réagisse. Je peux pas prendre le risque qu'il se
fasse virer de chez lui à cause de ma putain de
curiosité.
_ Monsieur Tateyama, tout est de ma faute.
Je...
_ Je ne veux pas savoir. Vous étiez deux, vous
assumez à deux.
_ Vous ne pensez pas nous avoir déjà assez
punis ? M'écriais-je.
_ Vous êtes impertinent jeune homme.
_ Vous ne pensez pas que c'est assez humiliant d'avoir
été vus par toute notre classe, sachant que demain au
plus tard, toute l'école sera au courant ? Vous ne pensez
pas qu'on sera assez insultés par les homophobes ? Sans
compter notre réputation. Nous ne sommes pas gays, mais nous
allons passer pour. Simplement parce que je voulais le mettre sous
pression et lui faire avouer quelque chose. Vous ne pensez pas que
c'est assez ?
Je stoppais ma longue tirade, essoufflé. Je
n'avais pas respiré entre temps. Mais l'important, c'est que
Tateyama semblait réfléchir. Au bout de cinq minutes
de profond silence, il leva les yeux vers nous.
_ Bien. Vous m'avez convaincu Shinomiya. Je ne
préviendrais pas vos parents. Mais ... Préparez-vous
à souffrir.
Je lâchais un grand soupir de soulagement et
observait Hiroyuki. Il était pâle. Très
pâle. Mais étant donné que sa peau était
plutôt blanche d'ordinaire, je décidais de ne pas m'en
soucier. La cloche sonna. Les élèves entrèrent
pour récupérer leurs affaires. Je viens de
réaliser, c'est vrai qu'on est mercredi ! On a pas d'autres
cours de la journée ! Enfin, même si c'est bizarre de
dire ça, j'aurais bien aimé en avoir un de plus. Bah
oui, si on avait ces deux heures, c'était pour qu'on nous
explique tout le fonctionnement du lycée. Mais vu qu'on a
été virés, on sait rien en fait ... C'est pas
grave. Le plus important était qu'un emploi du temps avait
été déposé sur ma table. Je le regarde
vite fait et le range dans mon nouveau carnet, ainsi que tous les
papiers qui nous ont été donnés. Ravi de finir
les cours si tôt, je décide d'attendre Hiroyuki, afin
que nous fassions un bout de route ensemble. Mais je le vois sortir
de la salle plutôt rapidement. Me demandant ce qui lui prend,
je le suis. J'arrive devant l'entrée du lycée, je
sors et je cherche Hiroyuki dans les deux seules directions qu'il
aurait pu emprunter : droite ou gauche. Je crois reconnaître
sa silhouette, de loin. Je me précipite et vais le
rejoindre. Lorsqu'il s'aperçoit de ma présence, il
m'ignore et accélère encore le pas.
_ Écoute ! Je suis désolé mais bon,
on a évité le pire !
_ Le pire ? Tu déconnes ? Tout le lycée va
être au courant qu'on « flirte »
ensemble dans les couloirs, ils vont tous croire qu'on est gays et
qui plus est, qu'on est ensemble !
_ Le dernier point n'est pas vraiment négatif
...
Moi qui voulait faire de l'humour,
raté.
_ Et bah tu sais quoi, t'as raison. Le dernier point
n'est pas vraiment négatif, parce qu'il est le plus facile
à casser.
_ Quoi ?
_ C'est simple. Je ne veux plus te voir. Ne t'approche
plus de moi à moins d'un mètre. Ne m'adresse plus la
parole. En deux heures, tu m'as attiré plus de
problèmes que je n'en ai eu au cours de ma vie. Je pense que
c'est la meilleure solution pour que la rumeur disparaisse
rapidement. Maintenant, laisse-moi.
Je me suis arrêté de marcher et je l'ai
regardé partir. Ça peut pas être possible
...
Note de l'auteur : C'est le plus long
chapitre que j'ai fait jusqu'à présent.
Commencé à 1 heure 30 et fini à 3 heures du
mat' XD. Sinon, je voulais juste préciser que Nozaki et
Hiroyuki font la même taille. Au début, Nozaki devait
être plus petit mais, vu ce que je veux faire après,
vaudrait mieux qu'ils fassent la même taille
. Hm
bref, pardon XD. Merci à toutes et à tous (
Excuse-moi XD ) pour vos commentaires ^^ 